La grande épreuve du gel de 1956

Mais en 1956, une catastrophe naturelle vient bouleverser la vie locale. Le gel intense du mois de mars détruit pas moins de 90 % des oliviers français. Lorsque Emile Noël évoque cet évènement, un nuage sombre passe sur son front. « Faire de l’huile d’olive, c’était beau ! C’était mon métier, ma passion. Après ça, nous avons dû arrêter, car il n’y avait plus d’olives. C’était la panique. C’était vraiment dramatique », se souvient-il.

Après le grand gel de 1956, la culture des oliviers devient quasi-inexistante en France. Tout est remis en question pour Emile Noël. Heureusement, il n’est pas seul pour surmonter cette épreuve. Andrée, qu’il a épousée 5 ans plus tôt, est là pour l’épauler. Emile Noël parle avec émotion de la rencontre avec celle qui partagera sa vie : « J’ai connue Andrée au stade, alors que nous avions 14 ans : c’était une très belle athlète, spécialiste du 100 mètres. Plus tard, on allait danser ensemble. Quand j’étais à l’armée, on s’écrivait tous les jours ! Ma famille aurait préféré que j’épouse une jeune fille plus riche. Mais nous, ce n’était pas notre problème… Andrée a grandi dans une ferme. Ni elle ni moi n’avions jamais eu d’argent. Nous savions nous satisfaire de peu. Alors cette épreuve de 1956, nous ne l’avons pas vraiment « surmontée », nous l’avons tout simplement vécue. »

Ensemble, Emile et Andrée traversent les difficultés de l’après 1956. « Nous avions tout perdu. Il nous restait la 2CV, nous partions camper aux Saintes-Maries. On couchait par terre comme des hippies, avec nos enfants, deux filles et un garçon. » Qu’importe les conditions de vie, le couple est porté par une passion commune : l’huile. Jamais ils ne s’en détourneront. Les oliviers ayant été décimés, Emile Noël décide de se réorienter vers la trituration* des graines de la région, comme le tournesol et le colza. « Nous avons commencé à travailler avec des paysans qui avaient du tournesol. Au début, Andrée et moi faisions tout avec la 2CV. Puis nous avons eu un camion, dans le châssis duquel j’avais fait faire une petite cuve, avec une pompe sur le côté. C’était beau ! Tous les jours, même le dimanche, j’allais de ferme en ferme chercher les sacs de graines. Puis je revenais leur livrer l’huile dont ils avaient besoin. Les agriculteurs me permettaient de ne payer qu’en fin d’année les surplus d’huile que je gardais pour vendre. Ils m’ont fait confiance, c’était un vrai climat d’entraide.»

*extraction de l’huile.